cambouis

Rendez-vous: 5 km

(download)

Rendez-vous: Ventoux Spectral

(download)

Rendez-vous: Automne

(download)

In Ventoux Veritas

Sinueuse
Y’a pas de bon jour ou de mauvais jour. Y’a juste des jours. Des jours où, ouai faut y aller, tu l’as un peu préparé, tu t’es un peu préparée, tu t’es dis que la météo serait avec toi, qu’on ne sait jamais de quoi demain sera fait, qu’il pourrait y avoir une tempête, la pluie, une invitation à déjeuner dans un Relais&Château du coin, une rencontre improbable avec un bellâtre-à-mobylette-qui-casse-les-oreilles au terrain de boules du hameau d’à côté, une praire pas fraîche, une avarie, un bobo.
 
C’est pas comme si je l’avais pas reluqué le Bougre depuis mon arrivée. J’y ai d’abord tourné l’dos. Je l’ai snobé. Suis allée de l’aut’ côté des Alpilles, d’abord pour savoir si j’étais encore capable de pédaler, pi après pour m’rassurer, m’dire que « d’façons, y’a pas qu’le Ventoux dans la vie ». Nan c’est vrai, y’a pas qu'le Ventoux. N’empêche ce con-là, ce vieux beau, ce Sans Poil, il fait trop parler de lui. On verra bien.

Vista_ventoux

Cedres

Autre sortie, autre décor. J’me réveille plus tôt, j’décide de m’attaquer au Lubéron, un peu plus haut, un peu plus dur, et pi quoi, on a bien le droit de s’amuser. J’l’attrape par Cheval-Blanc, je m’arrête acheter des bananes – oui oui, une bonne paire – la Vieille me parle de la Route des Crêtes, un peu plus haut vers Vidauque. « Vous allez voir, sur la droite, un chemin de forêt, une barrière, y’a pas d’autos par c’chemin-là. J’en vois d’aut’ des comme vous, ah ça ! Vous allez avoir des fessiers en béton ! ». Euh, pardon ? M’enfin... J’y vais, je passe derrière la barrière, et là pour le coup y’a que moi, une route de caillasses, avec des nids de poule, des passages à 16%, j’me démonte pas, y’aura bien une descente de l’aut’ côté. Ah ça ! La v’là la récompense : c’est tout là-haut que j’l’aperçois Lui pour la première fois.   

Chauve

C’est bon j'vais m’le faire. La route est magnifique, des cèdres m’abritent un peu du soleil sur un kilomètre, des promeneurs ont réalisé de drôles de sculptures, avec des cailloux. On se demande bien à qui ressemblent ces totems. ‘Font d’drôles de trucs les piétons quand même.
 

Cailloux
J’redescends sur Apt. Il est de plus en plus proche. C’est un peu comme si j’avais fais que lui tourner autour depuis mon arrivée. Que j’m’approchais d’lui comme un squale, en faisant des cercles concentriques de plus en plus rapprochés. J’ai roulé vers lui, j’y ai pensé tout l’temps. J’ai pas tout de suite dit que je serais cap’. Tiens, je vais m’faire un p’tit col en attendant pour la peine, ça va me calmer. Á Apt, j’ai dû acheter une autre carte, la Michelin 332. J’étais arrivée au bout du bout de la 340. St-Saturnin-lès-Apt, le Col de La Liguière, une odeur de lavande, la traversée du sillon de la montagne, des cavernes - probables anciennes demeures de crocs-magnons.
 
Grottes
Gorges

Dingue. Y’a que moi, je suis seule au monde, je suis arrivée là comme une grande, me suis pas perdue, j’ai pas chouiné, j’ai tout fait comme i fallait, les ravitos, les bidons jamais à sec, tout bien. J’ai même entamé une lente transformation, j’ai « viré Dada » : je me suis penchée de longues minutes sur mes cartes comme si j’allais pouvoir y trouver le secret de l’origine du Monde. Je me suis endormie avec, en m’répétant les noms des étapes, une par une, dans l'ordre, pour pas m’gourer. J’ai su évaluer les pentes, les dénivelés, estimer les distances, les durées. J’ai bien plié mes cartes avant de les remettre dans ma poche. Je suis prête. C’est bon, j'vais me le faire, j’ai pas peur, c’est pour dimanche.

Lavandes

J’ai pas internet, et pi moi les forums ça m’emmerde. Du coup, je demande à mon Vieil Ami de m’filer un tuyau. Alors par où le Mont Chauve ? Par Sault, par Bédoin ou par Malaucène ? Malaucène. Le Con, i’m’dit d’passer par le point le plus éloigné de chez moi. Pas grave. On partira tôt. Ah je les ai vu les flèches bleues de la P’tite Madame qui gesticule devant la carte de France avant le 20h. Bah oui, ça va souffler. Le vent, j’ai appris. J’en fais mon affaire, faut savoir jouer avec.
Arbres_couches

Je m’enquille 60 bornes jusqu’à Bédoin en passant par Le Thor, Pernes, Mazan, Souquette. Le vent, je l’ai en pleine face, je vois les arbres couchés su’l’bord de la route. Chaque fois que je sors ma carte, j’manque de m’envoler avec. Les mecs en peloton sont couchés les uns dans les autres, i’z’ont l’air de bien se foutre de ma gueule ces cons-là. Au premier rond-point, déjà, je vois passer un père et son minot de 10 ans, sur leurs biclous, en mode pub Banga, « Allez hop ! on y va, en route pour l’aventure », ça me fait plus trop envie, je me crois à Disneyland. Dans le bled, ça pue la merguez, y’a des Allemands en tongs-chaussettes avec des coups de soleil de grands-brûlés qui squattent sur une place où y’a un magasin de vélo avec beaucoup trop de banderoles et beaucoup trop de fluo. J’m’arrête quand même, j’ai perdu un bouchon de cintre, maniaque comme je suis y’a moyen que ça me constipe pour deux jours. Dans le bouclard, je manque de m’taper une barre de rire et de faire une blague naze : c’est pas, la jeune femme qui me sert elle a le bras en écharpe, genre clavicule pétée, et elle ouvre du coup son tiroir-caisse avec la bouche ? J’lui demande si elle veut d’l’aide et derrière elle, je vois un type assis, la jambe en l’air dans une gouttière, genre fracture ouverte en trois points. J’sais pas trop comment je dois l’interpréter, pur réflexe prophylactique, je me touche le sein gauche en espérant qu’ils se sont pas fait ça en faisant une sortie d’route dans la descente de l’autre géant… Ouai bah Malaucène c’est sûrement mieux, ça pue la mort ici, pi i m’ont gavé tous ces cons avec leurs breaks, leurs portes-vélos et leurs boules à caravane sur les parkings, tous en train de se mettre en tenue, comme si i devaient partir au charbon. J’parie même que Bobonne les attendra pélouse au sommet avec un rillettes-cornichons, un café-Thermos, p’tête même une binouse tiède. Salut la Compagnie, moi je m’tire. La route vers Malaucène est charmante, 12 km de courbes, d’odeurs de pin, de cigales, c’est presque idyllique. D’ailleurs arrivée au bout, le sommet de l’aut’ Vieux je le vois même pas. Je prends une dernière photo, je savoure le no man’s land. Je pars. 

Mur_vierge
 
La montée j’la décrirai pas. Y’a douze mille pélos qui s’en sont donné à cœur joie et qui l’ont fait mieux que moi dans des blogs, des discussions. Des récits imagés, illustrés parfois par des aquarelles, avec courbes à l’appui, profils de pente, cardiofréquence selon la tranche d’âge, nombre de calories brûlées, espèces d’arbres rencontrées, type de faune approché. Je m’en tape. Oui c’était dur, et de ce côté de la pente j’ai vu que moi et deux autres gusses. Le premier, d’ailleurs, pour l’anecdote, il a dû ravaler son orgueil. Quand je l’ai doublé, ça a dû l’agacer, il a relancé, s’est mis en danseuse, oui Madame, il a fait saillir tous les muscles de ses beaux mollets bien huilés, puis, Pouf ! Plus rien dis. Il m’a fait le coup de la vielle feinte : je m’arrête pour boire. Il m’a jamais repris. C’est ça le Ventoux. Te pousse pas, sinon ça fait comme quand tu joues trop avec la porte et que tu te coinces les doigts dedans. Ça pince fort. Si tu lâches dans la pente, tu repars plus. Alors ne lâche rien. Pédale.


Lorsque je sors de la forêt et que je vois enfin de près ces cailloux-là, ces flancs arides, j’me mets à avoir froid. Monsieur Mistral m’a saoulée depuis ce matin 8 heures, i m’a bien fouetté la gueule, i m’a poussé au cul aussi c’est vrai deux-trois fois, mais là, pour la première fois, je l’entends. C’est sur la rambarde de sécurité métallique, sur le côté de la route, qu’il siffle. Un vacarme ahurissant, j’m’entends même plus respirer dis ! Pi ça cogne, elle bouge même ! J’ai froid mais j'm’arrêterai pas, même pas pour enfiler mon coupe-vent. Si je m’arrête, je perds la face. Ah ouai ma P’tite ? Mais tu te crois où là, t’es toute seule ma pauv’fille, y’a personne pour te reluquer le boulard, y’a pas d’envieux, pas de chrono, pas de pari. Comme chaque fois que t’attaque une montagne d’ailleurs. Ton adversaire c’est toi-même. Et la Montagne. Je suis arrivée toute seule en bas de Celle-ci, je l’ai respectée, j’y ai pas souillé ses pieds en y garant ma bagnole, je suis allée la chercher, je l’ai méritée, je resterai debout. Et je passe la ligne d’arrivée imaginaire dressée sur les pédales, je souris, en même temps je peste sur ces boloss qui restent dans le passage et qu’applaudissent, je maudis leurs bagnoles, leurs bécanes, leurs poussettes biplaces.

(download)
Ce vent je le vois passer comme ça. Á ce moment-là seulement, j’me rends compte de sa force. J’pense à la descente, rapidement, en me disant qu’avec un vent favorable, je serais rendue à Saint-Rémy en deux heures !
 
 
Un demi et un croque-monsieur plus loin, je commence à m’agiter, à m’dire que si c’est comme à la mer, la météo tourne vite. Je remplis à fond mes bidons pour rajouter du poids. Je sors du resto, je trouve mon vélo couché au sol. Une bourrasque. Bin c’est pas gagné.

Beujs
Que j’ai eu peur dans ma vie, je l’ai pas dis souvent. Mais là, sans honte, je l’avoue : je me suis c-h-i-é dessus. Un comble ! J’ai pas mis le pied au sol une fois dans la montée, mais trois fois dans la descente ! Chaque fois que je m'arrête, le vent colle mon vélo contre mes jambes, le tord, je le retiens à deux mains. J’ai bien cru que le vent allait me briser, en nous fracassant la P’tite et moi, sur un char. J’ai vu tous les z’aut’, ceux qu’étaient monté par Bédoin, se taper les trois derniers kilomètres à pied. J’ai vu une belle athlète s’écraser sur le flanc de la montagne avec ses roues profilées, telle une grosse mouche à merde sur un pare-brise. J’ai eu des remontées acides, le ventre tellement serré par la peur, l’intérieur de mes joues mordu au sang, presque une panique. Tiens, à un moment j’ai même pensé remplir mes poches avec les cailloux blancs, pour me lester ! J’ai pensé faire du stop aussi, pour redescendre… Ah non. Déjà fait ça, au Maroc (5). Pas deux fois dans la même année Sacrebleu. Courage. Respire un grand coup, mets tout en bas, grand plateau et pédale rond, sans t’arrêter, en cherchant bien tes appuis dans les virages. Et ça a marché. «  Et Dieu créa le Pignon Fixe et l’Art d’utiliser la Force d’inertie ». L’autre souvenir de cette descente sera le bruit du coupe-vent frappé par le zef, comme un crépitement très fort, tout près des tympans. Mon souffle court. Cette nausée causée par la frousse.


Á ceux qui en lieu et place d’un lobe frontal du cortex se sont vu greffer une belle mécanique suisse, à trois boutons, je répondrais : 2h02. Mais est-ce là vraiment le plus important ?

Sens_dessus_dessous

 
Á Camille


Blancs de poulet panés au sésame et sauce teriyaki/salade « légère »

Pourquoi va-t-on manger ça aujourd’hui ? Parce que je sais pas vous mais moi ces jours-ci j’ai des crampes. Normal, j’ai rien branlé pendant un mois. Là je reprends doucement l’entrainement à raison pour le moment d’une discipline travaillée par jour et le dos crawlé à la piscine jeudi soir m’a bien bien fait sentir que le niveau de magnésium il était un peu LOW et que j’avais comme qui dirait un peu l’cul lourd. Donc, le poulet c’est assez maigre, c’est de la bonne protéine animale qui va bien pour la construction des muscles. Le sésame, c’est plein de magnésium. Cool.

Backup_18

I faut :

- du poulet (pas con)

- de la sauce teriyaki. Maintenant on en trouve partout, même au Monop.

- un œuf entier

- une cuillère à soupe de farine blanche

- de la chapelure (bien fine, Tipiak pas mal, mais même la Leader elle est pas dégueu)

- deux cuillères à soupe de graines de sésame non grillées

- des graines de pavot (ouaaaaiiii)

- une cuillère à soupe d’huile de noix de coco. Et pourquoi celle-là et pas une autre ? Parce que le poulet pané ça doit cuire un p’tit moment sur chaque face, à feu pas trop fort. Donc, une huile normale, genre huile d’olive ou tournesol, au bout d’un moment ça noirci. Et le noir dans le manger c’est pas bon, c’est que du mauvais gras, ça bouche les artères, la panade totale. Donc, on choisi l’huile de noix de coco, parce que celle-là elle peut être chauffée une heure, elle noircira pas. C’est comme ça. C’est la Fée du Logis qui m’l’a dit.

 

 

Les blancs de poulet on essaye quand même de bien les choisir. Sans taper dans le bio non plus, on prend des blancs pas trop palots (ouai j’sais c’est con à dire), on regarde bien qui y’ait pas de gras, de nerfs dégueu tout ça.

 

L’œuf, on le casse dans un bol, on le bat avec du poivre et du paprika ou du curcuma ou les deux.

 

On étale sa cuillère de farine dans une assiette.

 

On étale genre 2-3 cuillères de chapelure, à laquelle on mélange le sésame et le pavot.

 

En attendant, on fait chauffer sa poêle pas trop trop fort quand même. Ah oui, et alors on me dégage les vieilles poêles pourries récupérées de sa mère, de son ex ou de sa sœur. Celles qui crament tout, qu’on arrive plus à ravoir, celles du lot Ikea à 7€, on dégage. On investit dans une vraie poêle, bien lourde, avec un revêtement épais. On n’hésite pas à y mettre le prix. Pour info, les Galeries Lafayette Maison sont ouvertes jusqu’à 21h le jeudi soir. La nocturne des GalFa les Amis, c’est l’endroit idéal pour pécho de la jeune-cadre-célibataire-pétée-de-thunes. Avec un peu de chance, elle pourra même vous ramener chez vous en Smart, si toutefois vous avez la présence d’esprit de prétexter la crevaison ou le vol de selle sur votre Vélo.

 

D'abord on enroule les blancs de poulet dans la farine, ensuite on les trempe rapidos et un par un dans l’œuf battu entier, puis on les égoutte légèrement. Enfin, on roule tout ça dans la chapelure sésamisée. N.B. : selon ma mère, on peut sauter l'étape farine. C'est mieux, ça évite que "la croûte" formée se décolle.

 

Maintenant la (belle) poêle devrait être chaude. On y verse l’huile de coco. On attend un peu, jusqu’à que celle-ci s’étale bien au fond. Paf, on dépose le poulet pané. Et ça dore d’un côté, genre 3 minutes, on soulève léger pour voir si la panure (moche mot) à pris. On retourne quand c’est bon. On dore l’aut’ face. Si on est pas sûr(e) de soi, en check la cuison en taillant au milieu. On laisse de côté, c’est bon tiède ou froid, d’façons comme ça c’est plus croustillant.

 

Le teriyaki. On garde la même poêle. Elle est encore chaude, alors on y verse la sauce, on y ajoute des graines de sésame – j’en fous partout – et on y met un peu de citron, de la sauce soja en plus si besoin. Vous remarquerez en effet que je n’ai rien salé jusque-là et pour cause : le sel n’est pas mon ami. Moins j’en bouffe mieux j’me porte. Il se remplace par toutes sortes de condiments : vinaigre, sauce soja, épices. Et il n’est indispensable pour moi que dans mes bidons lorsque je cours ou que je roule.

 

On laisse mijoter une minute.

 

La salade. Vous y mettez ce que vous voulez mais il y a 5 règles d’or à respecter tout de même :

-         oui la salade on peut l’acheter déjà lavée, en sachet, mais alors vraiment quand on a une grosse flemme.

-         On allongera sa sauce au citron pour consommer moins d’huile.

-         On mettra de la moutarde dans sa sauce pour remplacer le sel. Ou de la purée d’ail aussi, c’est pas mal. Surtout si on vit pas en couple, on peut se le permettre.

-         On égaiera sa salade avec : des graines de courge, des noix, des baies de cranberry séchées, des groseilles fraîches (miam), du sésame (je sens la claque arriver), des pignons - légèrement rôtis à la poêle c’est encore meilleur.

-         On y mettra des dés de fromage genre féta ou gruyère QUE si on ne mange pas de viande ni de poisson à côté. Je m’explique. Il vaut mieux autant que possible ne pas mélanger les protéines animales. Si votre salade est un accompagnement, comme c’est le cas ici, pas la peine d’y coller des cubes de mimolette, un œuf dur ou des bâtons de surimi. Beurk. Y’a déjà le poulet, ça suffit.

 

Voilà. La mienne était composée ce soir de rondelles de concombre nain (v’là le tableau), d’avocat – j’adore ça, c’est bon pour la peau – d’une tomate (de Paris la tomate, donc pas non plus trop gouteuse mais bon), de mesclun-de-flemmarde-toute-prête-oui-mais-en-promo. Ah oui, et d’une cuillère à café de son d’avoine et de germes de blé. Parce que j’ai rarement de pain chez moi alors du coup ça compense un peu.

 

Bon appétit. Si ça vous plait, j’en écrirai d’autres.

 

P.S. : ouai j’ai galéré grave pour écrire le mot TERIYAKI. J’ai rendu ouf le correcteur de Word et à la fin j’ai dû le Googler. Nul, naze, je sais.

Corpore Sano in Cucina Sana

Bon parce que c'est pas tout ça, il s'agit pas que de pousser de la fonte pour les uns, atteindre des sommets pour certaines, boire la tasse pour d'autres, il est important aussi et surtout de bien alimenter la machine, car « ce que tu donnes de bon à ton corps, ton corps te le rendra » en mieux, voire même au centuple dans les cas extrêmes. Et puis aussi parce que j'ai un bon coup de fourchette, que l'on ne me fera pas sauter un repas, ah ça non, que les coups de fringales j'en ai eu et y'a pas pire, que les deux kilos en trop qui font qu'on sent un pli entre le nombril et la poitrine quand on s'assoit ou qu'on croise les jambes, c'est relou, mais faut bien les perdre. Et puis aussi parce que cuisiner ça détend, c'est convivial et c'est primordial pour bien avancer.

Backup_18
Backup_18
Ce que j’ai toujours dans ma cuisine :

-         Des graines de courge : ça coûte qu’dalle, ça contient des protéines, des sels minéraux, et pi ça croque dans la salade.

-         Des graines de sésame : pareil, pas cher, bonne source de magnésium. Très très important le magnésium pour les sportifs.

-         Des graines de pavot : parce que c’est rigolo, ça change de couleur à la cuisson et pi c’est bon.

-         Des noix, en débris, c’est moins reuch que les cerneaux et le goût est le même. Des noisettes entières, des amandes, des pignons (nan nan pas ceux-là). Le tout acheté en vrac dans votre magasin bio préféré. Moins d’emballages, tout ça tout ça.

-         Du miel : de châtaigner de préférence. Corsé, il est l’ami de l’athlète, c’est celui qui contient le plus de minéraux. Bon antiseptique également. A préférer au sucre dans certains cas.

-         Des huiles : olive, sésame, pépins de raisin, noix de coco, Isio 4 ou équivalent.

-         Des vinaigres : cidre, balsamique, de vin blanc

-         Du gros sel : uniquement pour l’eau de cuisson des pâtes

-         Du sel fin : uniquement pour faire mes mélanges pour bidons

-         Du sel de Guérande : pour cuisiner parfois mais très peu.

-         Sauces soja : salée et sucrée

-         Du poivre, du paprika, du piment, du curcuma

-         De l’ail en purée (plus facile à conserver, pas chiant à éplucher)

-         De la pâte de curry

-         Des briques de lait de coco

-     Des sachets de soupe Miso instantanée

-         Du chocolat, mais alors là, de toutes les couleurs, avec ou sans trucs dedans, chuis pas raciste ni bégueule.

 

Ce que j’aime avoir toujours dans mon frigo :

-         du lait (écrémé)

-         des yaourts (grecs, au biphidus, toujours natures)

-         du riz au lait, de la semoule au lait. Idéal quand pas le temps de bien petit déjeuner le matin ou avant d’aller rouler ou en bonne quantité (genre le pot familial de 500gr) au moins 3 heures avant de prendre le départ d’un tri. Ça cale, ça fait l’boulot.

-         du beurre (et pas une saloperie de beurre de régime de gonzesse insipide). Du VRAI beurre. Moi je le prends en demi-plaquette. Célibataire, ça devient vite rance et le beurre rance, c’est vraiment gerbi.

-         Des citrons : pour boire le matin à jeun dans un verre d’eau chaude quand vraiment j’ai trop déconné niveau bouffe et/ou bibine. Pour allonger les sauces des salades, ça fait moins d’huile.

-         Du ketchup : parce que le plat le plus con et le plus réconfortant du monde, reste quand même les coquillettes au ketchup et/ou au grugru.

-     Des Heineken. Ben ouai quoi, on va pas être de mauvaise foi non plus.

 

 

5

J'aurais pu ne pas être à Marrakech ce Jour-là. J'aurais pu ne pas m'arrêter chez Zara avenue Mohamed V et filer tout droit sur la place pour acheter une poignée d'amandes, une poignée de dattes, en vue de ma sortie vélo. J'aurais pu ne pas apprendre ce qui s'était passé à poil dans la cabine d'essayage en entendant les filles d'à côté pousser des "ah", des "oh", des "c'est pas possible". J'aurais pu avoir peur.

Je me suis réveillée hier, 29 avril, comme après une bonne soirée Picon, avec un peu la gueule de bois. 6h30, ciel voilé, pas la grosse chaleur. Mon vélo est prêt. Oui, je vais aller faire du vélo, nique-sa-mère la terreur. Au moins, hors-les-murs, j'risque pas grand-chose, à part d'être prise en otage - ils ne savent pas, les pauvres - à part de tomber sous un éboulement. Ou de partir dans un glissement de terrain. Si la peur de la mort te paralyse, alors ne sors même plus de chez toi pour acheter une baguette, hein.

Oui, rouler peut être dans certains cas un acte de résistance, oui rouler peut être parfois un acte de bravoure, oui rouler est un sacerdoce.

La Fille-en-noir a donc enfourché sa Cigale et s'est engagée sous un ciel blanc sur la route de l'Ourika. 8:30, 40 bornes vent de face, "pluies éparses" comme ils disent, une petite moyenne de 25-26 histoire de pas trop ventiler sous les gaz d’échappement, de pas trop cramer car je ne sais pas ce qui m'attend. Je croise des cyclistes, en relais, si si, de l'autre côté de la route, mince, j'aurais dû être plus matinale.

29042011010
(download)
29042011014
29042011015

A Tnine, je suis tout droit la route vers Oukaïmeden, la station de ski, sachant qu'un beau p'tit passage montagneux de 30 bornes m'amènera, fière et vindicative, au point culminant de ma revancharde épopée, à 3 200 mètres d'altitude.
29042011021
29042011022
29042011023
29042011024

Bon c'est sûr, j'suis quand même bien contente d'avoir pris un p'tit coupe-vent, parce qu'avec mon cuissard court, mes mitaines et mon maillot d'été, j'aurai pas bien fait la maline. D'ailleurs, j'l'ai pas faite longtemps, la maline. Bah oui, j'y allais un peu tout droit vers les nuages, mais bon, "pluies éparses" qui z'avaient dit à la météo, alors euh, on s'y fie, et pi, c'est pas trois gouttes qui nous empêcherons d'rouler hein ?

29042011020
29042011016
29042011017

Je  dirais que ce sont p'têt les dix premières bornes les plus dures. Alternances entre 9-12% de dénivelé, une route pleine de crevasses, mais bon, de bonnes reprises avec quelques relances possibles sur le grand plateau. D'ailleurs, je fais encore la belle, je me prends moi-même en photo - bah oui, suis toute seule - y'a que des bergers et des mômes qui font la course avec moi, ambiance "Tour de France", on veut toucher la "Gazelle 'cyclette" comme ils m'appellent. Puis... Plus ça monte, plus y'a d'brouillard. Et pi i caille un peu mais bon. Ayé, j'ai déjà parcouru 10 bornes, puis je trouve mon rythme de croisière, ça passe tout seul, pas mal la nouvelle cassette, i'men reste encore deux, au cas où. Et puis la pluie transforme. Merde, v'là la grêle, "pluies verglaçantes" : ils l'avaient pas annoncée celle-là... La grêle, ça tient bien sur l'éponge des mitaines, mais les flocons c'est plus beau. Je tiens le coup, je sens plus trop mes pieds mais j'm'en fiche, on m'demande pas d'marcher on m'demande de pédaler pas vrai ? Là, à treize bornes j'fais un peu plus la gueule, elle a les traits tout d'suite un peu plus tirés Maman. Elle commence même à s'dire que la descente ça va être coton. Ah, il re-pleut, à grosses gouttes. Pas grave, "après la pluie, l'beau temps". C'est vrai ça, à la montagne, le temps change très vite. Bah voui.

29042011026
Ah, là quand même, à 7 bornes du sommet, la grêle, devenue pluie givrée, devient... Neige. Sometimes it snows in April. C'est pas moi qui l'ai dit en premier, c'est Prince. Bah merde, j'me marre encore dis donc, j'me dis " 'tain, tu les auras collectionnées les coquilles ces derniers temps. Que toutes celles qui m'ont mis l’œil de peur que je leur pique leur mec osent un jour se dénoncer, les salopes ". Et puis ce compteur qui déconne, tout trempé qu'il est, je crois que l'aimant a gelé.
29042011027
Mais je sais ce qui m'attend là-haut. Un beau panneau avec écrit dessus OUKAÏMEDEN - أوكايمدن - Puis un chocolat chaud, p'têt même une couverture. Ce froid dans la descente ma pauvre. Tu vas sûrement devoir y passer la nuit. C'est pas sérieux de repartir avec les jambes comme du bois.

Ah ça, j'en vois des voitures qui descendent, feux de brouillard allumés, i'z'ont raison remarque, de la neige à c't'époque, c'est rare, mais possible. J'ai trop mal aux doigts, d'ailleurs mon cintre j'le tiens les poings fermés, mes jambes sont rouges de froid, la neige a pris sur mes Sidi. Tiens je l'avais encore jamais vu mon beau Vélo sous la neige. C'est joli la neige sur la guido blanche. J'ai pas bu depuis quand au fait ? J'ai oublié. L'eau est trop froide de toutes façons, un coup à s'choper une gastro ça. J'ai pas mangé non plus. Bah non, je pense qu'au froid. Mais mes jambes, elles frappent encore. On dirait des pistons. C'est comme si elles étaient animées d'une force qui leur est propre. Comme si ma tête était détachée du reste de mon corps.

 

5

La borne des 5 km. Elle m'a tuée celle-là. Sur les autres avant elle, on les voyait pas très bien les chiffres. Comme presque effacés. C'est bien. Faut pas les regarder les bornes quand tu montes un col. Ça te tue. Mais là celle-là, je l'ai pas loupée.

 

J'avance encore, j'me dis c'est quoi 5 bornes ? Un Clichy-La Défense ? C'est rien. C'est peanuts. J'ai mal. Je crie. J'insulte la terre entière, ses dieux et tous les saints qui vont avec. La putain-d'sa-race-de-neige-de-merde-la-pute. Je m'arrête sous un sapin. J'me dis qu'j'peux crever là, j'men tamponne. Mes doigts, ils arrivent même plus à presser les touches de mon téléphone. Et puis pour appeler qui ? Mon Dispatch pour lui dire que j'suis en galère à 3 000 mètres d'altitude sous la neige au Maroc ? Quelle conne.

29042011028

J'arrête une première bagnole. Qui monte. J'me dis qu'au moins j'la verrais cette damnée station. C'est un Marocain, avec toute sa famille. Il est désolé, et je le rassure, il n'a pas de place pour nous deux. Une voiture descend. Un couple d'européens. Des allemands qui m'ont dit leurs prénoms mais je les ai oubliés à peine entendus. Ils descendent au premier village. J'ai du mal à parler, suis tétanisée par le froid. C'est lui, même, qui m'aide à hisser le Vélo dans le coffre, suis plus bonne à rien. La fille me donne sa serviette de bain, ils mettent le chauffage à donf. Des morceaux de neige tombent de mon casque sur mes genoux. 5 kilomètres. J'aurai pu les faire. Mais je serais arrivée dans quel état ? Et si arrivée là-haut j'avais fait un malaise et qu'on m'ait tiré mon Vélo ? Hein ? Sur la route, des bouts de roche rouges sont tombés entre-temps. Tiens, ça aurait pu m'arriver ça : un coup de silex dans le cigare. Et toute cette eau. Rouge elle aussi. Ah oui, la descente. J'en aurais autant chié en fait. Des bagnoles sont arrêtées. La terre a glissée. Je reviendrai va. Je les parcourerai ces derniers 5-kilomètres-mes-couilles.

29042011029

Retour à Tnine. Oui je vais manger Rouïa, mais pour l'instant je veux boire un thé chaud, bouillant, avec plein de sucre. Une théière. Deux théières. Ça y'est. Je reprends mes esprits. J'arrive même à parler. J'me marre même. Elle est pas belle l'histoire ? J'ai fui les bombes pour m'retrouver dans une tempête de neige. Ah ah.

Un tajine de keftas trop cuit. Un pain entier trempé dans du lait chaud. Et le soleil qui me réchauffe un peu. Je vais rentrer en vélo. Prendre un grand taxi ou un bus, ah ça non. Je rentrerai avec panache dans la ville groggy.

29042011030
29042011031

Presque 40 bornes avec un vent de côté à coucher les palmiers. Encore un peu de pluie, mais là, tout glisse. J'me suis même amusée à prendre des relais avec des mobylettes, j'arrive encore à m'fendre la gueule dis donc, mains en bas, du style, " tiens j'vous nique, j'vous dépasse, et mes jambes, j'leur en ai pourtant fait voir aujourd'hui ". J'arrive dans Marrakech par un autre chemin. Je rallonge. Je m'approprie la ville à Vélo pour la première fois. Oui, continuer à vivre, p'têt même encore mieux qu'avant, c'est ce qu'il y a de mieux à faire.

29042011032

Track listing :

  • Modest Mouse - The World at Large
  • Charles Wright & The Watts - Must be your thing
  • Run DMC - Dumb Girl
  • The Radio Dept. - Heaven's on Fire
  • Toto - Georgy Porgy
  • Arctic Monkeys - When the Sun goes down
  • Sun Kil Moon - Third and Seneca
  • De La Soul - Let, let me in
  • The Stone Roses - I am the Resurrection
  • Elvis Presley - Let me be your Teddy Bear
  • Sergio Mendes - Samba da Bencao
  • Glenn Gould - Goldberg Variation - Variation 23 à deux clavecins
  • Beastie Boys - Live at PJ's
  • Quincy Jones - Desafinado